Une biodiversité nécessaire à notre santé

Il y a dans l’histoire humaine contemporaine une sorte de paradoxe qui nous a conduit en tant qu’espèce à un extraordinaire niveau de connaissance et de communication mais aussi à une ignorance tout aussi extraordinaire et à une rupture de « dialogue » d’avec notre environnement immédiat.

Nous sommes capables d’envoyer des satellites sillonner l’espace, mais nous n’avons qu’une connaissance très partielle des autres espèces qui partagent avec nous le vaisseau Terre. Après avoir vécu en dedans de cette Nature, nous avons fait le nécessaire afin d’en être libérés. Nous nous en sommes extraits en la domestiquant, en l’organisant pour qu’elle puisse répondre à nos besoins, à nos attentes et même à nos caprices. Une fois que cela a été fait nous sommes partis en quête de nouveaux défis. « Toujours plus loin, toujours plus haut », comme le dit la chanson. Aujourd’hui, pour le bien de l’humanité, le défi est de comprendre et de décrypter toutes les composantes de cette formidable toile du vivant dans laquelle nous sommes et de laquelle nous dépendons. Et ce avant qu’il n’y ait trop d’absents !

Un coffre fort génétique à découvrir

Pendant des milliers d’années et c’est encore aujourd’hui le cas dans certaines sociétés désignées maladroitement de primitives, la Nature a fourni l’essentiel des besoins à l’être humain. À force d’observation et d’expérimentation, il y a puisé certaines informations très importantes pour son bien être et sa santé. Sorciers, chamans, guérisseurs ont élaboré les rudiments d’une pharmacopée faite de racines, de plantes, d’organes divers, etc., pour tenter de guérir.

Nous commençons à peine à comprendre la formidable richesse de ces milliers, de ces millions d’espèces animales et végétales qui nous entourent. Certaines ont malheureusement disparu et avec elles les secrets de leurs composantes chimiques et génétiques uniques. D’autres livrent petit à petit le leur à la grande stupéfaction des chercheurs, qui voient s’ouvrir devant eux de nouvelles avenues thérapeutiques.

Mais ce coffre-fort du Vivant fait l’envie et aiguise l’appétit de plusieurs. Les grandes entreprises pharmaceutiques l’ont bien compris  elles qui ont investi des sommes très importantes au cours des dernières années pour se l’approprier. Comment fait-on pour s’approprier le Vivant ? Aussi surprenant que cela puisse paraître saviez-vous qu’il est possible pour une entreprise privée de revendiquer un droit de propriété sur une partie du vivant, c’est à dire de le privatiser et ce, et même surtout, si la plante en question pousse dans un pays pauvre ou sans véritable législation ? Il « suffit » pour cela de déposer un brevet sur un gène, sur l’utilisation soi-disant nouvelle d’une plante ou, pire encore, sur une espèce vivante, et s'approprier ainsi un fragment de la biodiversité. Lien externe  Par la suite l’entreprise peut limiter l’exploitation du gène ou l'espèce concernée. Une fois "l'innovation" brevetée, l’utilisation de l’objet du brevet est soumise au versement de redevances à la société détentrice. Incroyable non ? Mais surtout discutable, car le patrimoine vivant n’est-il pas un bien universel ?

Certains n’hésitent pas à qualifier ces pratiques de « biopiraterie », et elles semblent florissantes et profitables pour ceux qui s’y adonnent, c’est à dire principalement les pays riches et ce au détriment des pays pauvres du Sud.

Heureusement de plus en plus des voix s’élèvent pour réclamer la fixation de limites à la brevetabilité de végétaux, d'animaux, et de tout procédé « essentiellement biologique ». Il est en effet plus que nécessaire de réaffirmer collectivement la nécessité d'un d’établir un partage équitable des gains des avancés des connaissances.

Un bunker pour protéger les semences de l’Humanité                                                                             Le 28 février 2008, le Svalbard Global Seed Vault ou « Chambre forte mondiale de graines du Svalbard » a été officiellement inauguré. Il s’agit d’une chambre forte souterraine sur l’île norvégienne du Spitzberg destinées à conserver dans un lieu sécurisé des graines de toutes les cultures vivrières de la planète et ainsi préserver la diversité génétique

Pour en savoir plus

Le Bunker des Graines de l’Apocalypse (http://www.agoravox.tv/actualites/environnement/article/le-bunker-des-graines-de-l-29204 Lien externe )

Le bunker de l’Apocalypse (http://www.blueman.name/YG_LeBunkerdeLApocalypse.php Lien externe )

L’importance des espèces-tampons

Au cours des dernières années, plusieurs recherches effectuées ont démontré que la diminution du nombre d'espèces dans les écosystèmes amène une hausse des organismes pathogènes responsables de l'apparition de certaines maladies infectieuses. Selon la Pre Felicia Keesing, du Bard College de New York, et ses collègues américains et britanniques, « la diminution du nombre de mammifères et de certaines bactéries bénéfiques est susceptible d'influer sur la santé humaine. »

Selon eux, la flore, la faune et les microbes qui sont sur le point de disparaître sont souvent ceux qui servent de tampons à la transmission de maladies infectieuses, c’est à dire qu’ils agissent comme des barrières naturelles au développement des pathogènes et à sa transmission. Ce qui est troublant, c’est que la disparition de ce genre d’espèces peut alors favoriser l’infection d’autres espèces plus aptes à transmettre la maladie à l’humain.

« Nous connaissons certains cas de déclin de biodiversité où l'incidence des maladies augmente, mais nous avons découvert que ce modèle est beaucoup plus général : la perte de biodiversité augmente la transmission de pathogènes pour une variété de systèmes de maladies infectieuses. » Pre Felicia Keesing, Nature, Décembre 2010

Deux exemples permettent de bien comprendre pourquoi une plus grande biodiversité est importante pour la santé humaine. Le premier concerne la maladie de maladie de Lyme dont la transmission est assurée par des morsures de tiques infectées par une bactérie (Borrelia). Aux États-Unis, la tique Lien externe  se nourrit du sang Lien externe  de la souris à pattes blanches ou de l’opossum. La souris est souvent porteuse de la bactérie, alors que l’opossum n'est que peu fréquemment infecté. Si l’opossum, espèce tampon, est présent en grande quantité, les tiques se nourriront préférentiellement sur cet animal et ne contracteront que rarement la bactérie. La disparition des opossums liée à la destruction des forêts mène les tiques à se nourrir sur les souris à pattes blanches, à s’infecter et à transmettre davantage la maladie de Lyme Lien externe  à l’être humain.

Source: www.flickr.com/people/monica_r

L’autre exemple, le virus du Nil occidental est transmis à l’être humain par le moustique, et infecte aussi les oiseaux de l'ordre des Passereaux. Trois études récentes auraient montré une corrélation entre une faible diversité d’oiseaux et une augmentation de l’incidence des encéphalites  Lien externe aux États-Unis. Les régions à faible diversité aviaire avaient tendance à contenir une majorité d’espèces vectrices du virus, alors qu’une biodiversité plus importante comprenait beaucoup d’espèces moins vectrices.

Lorsque la diversité biologique est en déclin et que les contacts entre les hommes augmentent, vous obtenez la recette magique pour l'apparition de maladies infectieuses.  Pre Felicia Keesing, ibid

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