Espèces envahissantes et changements climatiques un duo "mortel"

Espèces envahissantes et changement climatique: un duo «mortel»

C’est à cette conclusion qu’en sont arrivés de nombreux experts de la biodiversité. Ces experts ont été invités par les responsables du Programme mondial sur les espèces envahissantes (GISP) à réaliser une vaste étude. Les résultats ont été présentés lors de la dixième conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, en octobre 2010 à Nagoya (Japon).

Intitulé Espèces envahissantes, changement climatique et adaptation axée sur les écosystèmes : une réponse aux moteurs multiples des changements planétaires, le rapport invite pour la première fois, et de manière pressante, les gouvernements à intégrer la prévention  et la gestion des espèces envahissantes dans leurs réponses au changement climatique, alors qu’ils étaient traités en général séparément.

L’approche écosystémique n’est pas destinée uniquement à sauver les écosystèmes mais plutôt à les utiliser pour aider à « sauver les populations humaines et les ressources dont nous dépendons », Stas Burgiel, Directeur des politiques du GISP et auteur du rapport

Les dangers posés par ce « duo mortel » ne peuvent être surestimés. Chaque moteur du changement représente une menace énorme pour la biodiversité et les moyens d’existence humains, mais les données les plus récentes indiquent que le changement climatique aggrave les effets déjà dévastateurs des espèces envahissantes, créant ainsi une spirale destructrice qui entraînes des conséquences de plus en plus terribles »  d’indiquer Sarah Simons, directrice exécutive du GISP. Le changement climatique devrait favoriser la propagation des espèces invasives animales et végétales. Un monde plus chaud, des phénomènes météorologiques extrêmes et un niveau plus élevé d’émissions de dioxyde de carbone, favoriseront le développement de certaines espèces, qui dévasteront les écosystèmes marins et terrestres.

Ce rapport souligne le besoin de se pencher davantage sur les effets combinés du changement climatique et des espèces envahissantes. L’importance des coûts financiers de l’inaction devrait, à elle seule inciter les décideurs à agir immédiatement.
Bill Jackson, directeur général adjoint de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)

Les dommages causés par les espèces envahissantes à l’échelle mondiale sont estimés à plus de 1 400 milliards de dollars, c’est à dire 5% de l’économie mondiale. Rien qu’aux Etats-Unis, le coût annuel estimé dépasse les 120 milliards de dollars.

Une autre étude, réalisée cette fois ci par le Departement of Oganismic and Evolutionnary Biology de l’Université de Harvard a fourni la preuve de l’influence du réchauffement sur les espaces invasives. Bénéficiant d’informations fiables s’étalant sur 150 ans, les chercheurs ont établi que les espèces invasives ont su beaucoup plus rapidement adapter les événements clefs de leur physiologie /phénologie (germination, floraison et fructification) que les espèces locales.

"Nos recherches suggèrent de manière assez décisive que les espèces non natives et invasives ont été les gagnantes du changement climatique". Charles Davis du Departement of Oganismic and Evolutionnary Biology de l’Université de Harvard

Nombreux sont les exemples d’espèces invasives de plantes et d’animaux qui se sont avérées plus adaptées à la survie que d’autres espèces locales, ce qui conduit à l’érosion des sols, à l’endommagement des cultures et à la perte de revenus touristiques. L’étude fait valoir qu’en Amérique du Nord, des températures plus élevées en hiver ont fait exploser le nombre d’une espèce de coléoptères qui tuent de grandes portions de la forêt. Aux Caraïbes, le poisson scorpion qui a été introduit dans cette région dans les années 1980 menace les espèces de poissons, de crevettes et de crabes. Les températures plus élevés les ont aidés à survivre et à se développer rapidement. Le long de la côte ouest des Etats-Unis et du Canada, le crabe vert européen menace également les espèces locales de crabes et de palourdes.

« Le changement climatique crée des conditions difficiles pour plusieurs espèces et la plupart des espèces invasives sont plus résistantes et opportunistes que les organismes indigènes », Kalemani Molungoy, chef de la division scientifique, technique et technologique au Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CBD) des Nation Unies.

L’étude avertit également du risque de propagation rapide de maladies, telles que la grippe aviaire, la dengue, la malaria ou le virus Ebola. Les changements climatiques, combinés au commerce mondial et aux réseaux de transport pourraient faire augmenter la menace.

Mais l’avenir n’est peut-être pas aussi sombre que l’on voudrait parfois le voir et que certains se plaisent à nous le dépeindre. Selon Stas Burgiel, Directeur des politiques du GISP et auteur du rapport « Heureusement, nous connaissons déjà un grand nombre d’actions nécessaires afin de contrebalancer les risques que font peser les espèces envahissantes sur des services vitaux apportés par les écosystèmes, comme la lutte contre l’érosion et l’approvisionnement en eau douce. »

Mais si nous ne voulons pas nous approcher plus encore du point de non-retour pour ce qui est de la biodiversité « nous devons comme, l’indiquait M. Ryu Matsumoto, ministre japonais de l'Environnement intervenant lors la conférence de Nagoya,  prendre tout de suite des mesures actives. Dans le cas contraire il pourra être atteint d'ici dix ans“. Dix ans, c’est très court pour préparer l’avenir mais une partie de solution nous appartient si nous le voulons vraiment. Et vous que ferez-vous ?

Bonne et riche biodiversité à toutes et tous !

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